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RDC : Celui qu’on appelle “Joseph Kabila” prolonge son règne sur fond de désastre humanitaire

RDC : Celui qu’on appelle “Joseph Kabila” prolonge son règne sur fond de désastre humanitaire

Avant même la réélection contestée de son Président en 2011, la République démocratique du Congo avait déjà connu des massacres et de graves crises humanitaires. On la surnommait même “Capitale mondiale du viol”. Cette barbarie à l’encontre des femmes y était perçue comme une “arme de guerre”. 

RDC : Celui qu’on appelle “Joseph Kabila” prolonge son règne sur fond de désastre humanitaire
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Avant même la réélection contestée de son Président en 2011, la République démocratique du Congo avait déjà connu des massacres et de graves crises humanitaires. On la surnommait même "Capitale mondiale du viol". Cette barbarie à l’encontre des femmes y était perçue comme une "arme de guerre". 

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RDC : Celui qu'on appelle "Joseph Kabila" prolonge son règne sur fond de désastre humanitaire

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Avant même la réélection contestée de son Président en 2011, la République démocratique du Congo avait déjà connu des massacres et de graves crises humanitaires. On la surnommait même “Capitale mondiale du viol”. Cette barbarie à l’encontre des femmes y était perçue comme une “arme de guerre”.

Peuplée de quelque 80 millions d’habitants dont plus de la moitié sont frappés par une pauvreté extrême, la RDC est vite passée d’une crise politique, liée la non-tenue d’élections dans le délai (novembre 2016), à un désastre humanitaire.

Après trois quinquennats au pouvoir, le président Joseph Kabila, 46 ans, n’a pas quitté ses fonctions le 19 décembre 2016, date sonnant la fin théorique de son deuxième et dernier mandat autorisé par la Constitution.

Un accord conclu fin 2016 entre son camp et l’opposition à l’issue d’un laborieux dialogue sous l’égide de l’Eglise catholique lui a permis de rester au pouvoir, attribuant la primature et quelques postes ministériels à des dissidents de l’opposition tout en repoussant dans un premier temps, les élections à fin 2017.

Unique situation au monde : Kabila a bouclé, lundi 25 décembre, un an au pouvoir depuis la fin de ses deux mandats.

L’opposition et les mouvements citoyens menacent de le faire partir dès la fin de cette année pour instaurer une courte transition devant déboucher sur des élections “au plus tard” en juin 2018.

Ce passage en force n’était pas méconnaissable. Il a intensifié les violences dans plusieurs régions de ce pays, poussant les détracteurs de Kabila à faire allusion à un plan “prémédité”.

Dans l’Est du pays déchiré par plus de 20 ans de conflits armés, la contestation a pris de l’ampleur après la fin du mandat légal de Kabila.

Des groupes armés, sévissant depuis plusieurs décennies, se sont coalisés et intensifié les attaques, faisant dans les seules provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu plus de 500 morts entre juin et novembre 2017 et des milliers de déplacés, selon l’ONG américaine Human Rights Watch et le Groupe d’études sur le Congo.

Un peu plus vers le Sud-est, sur les rives du lac Tanganyika, les affrontements entre des miliciens des communautés Ntwa (Pygmées) et Luba (Bantous) ont refait surface, forçant d’autres milliers de personnes à fuir l’insécurité.

Le 30 août 2017, le Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) estimait à plus de 3 000, le nombre de Congolais qui se sont retranchés vers le Nord de la Zambie en moins d’un mois.

Au Sud-Kivu et dans le Tanganyika, des violences ont provoqué le déplacement de plus d’un million de personnes, dont plus de la moitié depuis le début de l’année, selon le Fonds de Nations-Unies pour l’enfance (Unicef), estimant à plus de 700 mille, le nombre d’enfants déplacés dans ces provinces.

– Une sale affaire

Dans la région du Kasaï, bastion de l’opposition de longue date et l’une des régions les plus stables mais pauvres du pays, un chaos s’est installé après que les forces de sécurité ont tué pendant l’été de 2016 Kamwina Nsapu, un chef traditionnel influent opposé au régime de Kabila.

La colère des miliciens a dégénéré en une lutte contre le président Kabila. Des miliciens se sont attaqués aux édifices et agents de l’Etat pendant que les forces gouvernementales ont réagi par une violente répression.

Un chaos que ne nie pas le porte-parole du Gouvernement congolais Lambert Mende approché par Anadolu. “Nous ne savons pas comment nous en sommes arrivés là, on a fait face au terrorisme de haut niveau”, s’étonne Mende qui rejette tout lien entre “la continuité” du pouvoir de Kabila et la catastrophe humanitaire.

A ceux qui insistent, le puissant porte-parole congolais crie fort : “Congo Bashing”, pratique visant, selon lui, à salir l’image de la RDC et de ses dirigeants pour “déstabiliser” le pays.

Au Kasaï, l’affaire a surtout connu une dimension internationale après l’assassinat, en mars, de deux experts de l’ONU venus enquêter sur les massacres : l’Américain Michael Sharp et de la Suédo-Chilienne Zaida Catalan.

Les chiffres de l’ONU sur cette crise sont alarmants : Pas moins de 5 000 morts, 1.4 million de déplacés et plus de 80 fosses communes.

Des chiffres “alarmistes” des humanitaires, selon Mende qui estime à “un millier”, le nombre de personnes mortes dans ces violences nourries par des “fétiches”.

Ce conflit “présente plus de possibilité d’être une crise instrumentalisée […] Il n’est pas exclu d’y voir une situation qui arrange le régime en place”, estime le Yvon Muya, directeur du Centre d’analyses stratégiques (CAS).

“Le drame a permis de ralentir l’enregistrement des électeurs, on peut y voir une stratégie qui a pu servir au blocage du processus électoral”, ajoute Muya. Et d’ajouter, cette crise a contribué à “légitimer un pouvoir contesté”.

– Plus que la Syrie, l’Irak et le Yémen

Les violences dans le Kasaï et les conflits entre Pygmées et Bantous dans le sud-est ont doublé en six mois, de “deux millions début 2017 à près de quatre millions”, estime le HCR le nombre des déplacés. C’est les plus forts déplacements internes de populations au Monde.

Avec actuellement 4.1 millions de déplacés, dont plus d’1.7 million cette année, l’échelle des personnes fuyant la violence en RDC est “au-dessus des limites”, dépassant la Syrie, le Yémen et l’Irak, selon le conseil Norvégien pour les réfugiés (NRC) qui fait état d’une “méga-crise”.

Au Kasaï, les agriculteurs n’ont pas cultivé : ils ont manqué consécutivement deux saisons de plantation à cause des violences.

L’ONU et une panoplie d’Organisations humanitaires sont devenues alarmistes : 400 000 enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition “aiguë sévère” dans le Kasaï et pourraient mourir en 2018 s’ils ne sont pas assistés, a dernièrement prévenu l’Unicef réclamant des interventions “sanitaires et nutritionnelles”.

Sur l’ensemble du territoire congolais, près de 8 millions de personnes se trouvent gravement dans l’insécurité alimentaire et près de 2 millions d’enfants frappés par une malnutrition “aiguë grave”, selon l’ONU qui a été poussée en octobre dernier a activer son “plus haut niveau” de réponse d’urgence humanitaire pour la RDC. Agence AA

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