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RDC : Faut-il ériger Lubumbashi en une ville province comme Kinshasa ?

RDC : Faut-il ériger Lubumbashi en une ville province comme Kinshasa ?

 

En avril dernier, le professeur Yogolelo Ntambwe Kasimba, historien de formation, a tenu  un point de presse sous le thème : «  Lubumbashi, ville-province : de l’idée a la matérialisation », ou il a détaillé les raisons qui l’ont convaincu de la nécessite d’ériger comme la ville de Kinshasa Lubumbashi, chef-lieu du Katanga et bientôt chef-lieu du haut-Katanga, en ville province.
Et c’est conformément à la constitution de la RD Congo, notamment en son article 28 permettant à une fraction du peuple congolais en l’occurrence 100 000 personnes de prendre l’initiative de la révision constitutionnelle, en s’exprimant par une  pétition adressée à  l’une des deux chambres du parlement.
Dans son exposé et en bon historien, le professeur note que Lubumbashi a un destin parallèle à celui de Kinshasa. Pour ce professeur d’université, Lubumbashi est plus à rapprocher de Kinshasa que d’autres villes du pays parce que les deux entités ont été les premiers districts urbains du Congo, fondement de nos villes actuelles (Kinshasa en 1923 et Lubumbashi en 1929). Plus tard, c’est-à-dire en 1941, les deux deviennent les premières villes du pays, suivies de Likasi en 1943.Ces deux villes ont été aussi les premières à expérimenter des élections démocratiques en 1943 ; suivies une fois de plus de Likasi en 1958 que les autres villes du pays ont eu leurs premières élections.
Le professeur pense aussi que : 1e développement et le rayonnement exceptionnel de Lubumbashi grande ville  « changa changa » ; celle-ci  a en effet drainé de partout au Katanga des populations qui se sont installés  et ont fait souche, avant et après 1960. Et ont fini par former une ethnie à part, celle des lushois dont ces gens sont fiers, par laquelle ils jurent et pour laquelle ils sont prêts à se sacrifier, s’il le faut.
Le poids et la croissance démographique de la ville de Lubumbashi pèsent aussi dans la balance, et lourdement, les lushois sont évalués à 2.000.000 en 2015 (seuls chiffres officiels disponibles à ce jour : 1.707.263 en 2012, 1.650.849 en 2011, 1.690.967 en 2010), regroupés sur les  747km2 de leur ville et repartis entre ses 7 communes (Annexe, Kamalondo, Kampemba, katuba, Kenya, Lubumbashi et Ruashi).
La paix sociale, en fin la paix tout court y gagnera, et de beaucoup, en RD Congo, au Katanga et à Lubumbashi. « C’est trop tard, c’est une question dépassée, c’est une hypothèse d’école, c’est un non originaire qui s’exprime sur Lubumbashi et le Katanga, c’est impossible d’avoir deux villes provinces dans un pays. C’est aussi ignorer les droits naturels des autochtones, c’est compliquer, plus qu’il n en faut, le découpage  en provinces en cours, c’est aller droit vers la balkanisation du pays… » toute cette litanie d’objections à l’idée de voir Lubumbashi devenir une ville-province, le professeur Yogolelo les a balayées du revers  de la main en estimant que : “quiconque peut finalement, et en peu de mots, réfuter ces objections. Elles viennent toutes en général, souligne t-il, des personnes qui se voient les pieds dans du sable mouvant et non sur la terre ferme car elles occupent des positions  sociales, politiques assurées ou privilégiées, qui ont tout changement, pour elles-mêmes et pour elles seules”.
Ce professeur de l’université de Lubumbashi a relevé que «  ce qu’il nous faut combattre, c’est non pas, le découpage  en entités territoriales, mais plutôt la création des Etats fédérés, qui va instaurer le fédéralisme. Découper, c’est décentraliser, décentraliser c’est démocratiser et, démocratiser c’est développer. Par contre, le fédéralisme aboutit logiquement à la balkanisation. Les Etats fédérés ambitionnant de devenir des Etats autonomes, comme l’a bien noté  Franz  fanon, le fédéralisme est la forme juridique de la balkanisation, du séparatisme… »
Très sûr de la pertinence de son projet et rassuré par deux citations, “il y a quelque chose de pire dans la vie que de n’avoir pas réussi : c’est de n’avoir essayé ; ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, mais parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles” le professeur Yogolelo qui n’a aucun soutien reconnait toutefois que seul, il ne pourra pas atteindre son objectif et qu’il lui faut, dans un premier temps l’appuie de toute la presse pour davantage sensibiliser la population. Aussi, faudra t-il que les députés et les sénateurs puissent  appuyer son idée. Le lobbying auprès de tous les lushois de la diaspora qui sont à Kinshasa, dans les ministères et dans de grandes entreprises  doit être de mise. Cependant, il veut qu’à partir de cette conférence l’asbl Lubumbashi ville-province puisse prendre forme.
Quant à croire qu’il risque de s’attirer la fureur de la part des ressortissants du Haut-Katanga, bénéficiaires de Lubumbashi comme chef-lieu, le professeur ne semble pas s’inquiéter. «  C’est vrai que nous nous attendons à certaines revendications. Mais il faut seulement retenir que quand Kinshasa est devenue ville-province, il y a eu des problèmes. Les gens de l’Abako ne l’entendaient pas de cette  oreille là, ils ont écrit  et protester au sein de leur gouvernement provincial et même auprès  du gouvernement national. Quoiqu’il en fût, le gouvernement Cyrille  était structuré. Par ailleurs, le président Kasa-Vubu, tout en étant de l’Abako a appuyé l’idée », a expliqué le conférencier avant de conclure sur ce point  en disant que : “comme à Kinshasa, c’est la logique, la voie de la paix qui l’a remporté. Lubumbashi, ville-province va aussi remporter cette bataille“.
En définitive, le professeur nous demande de combattre avec la dernière énergie, toute forme de crispation des identités primordialistes, surannées, closes sur  elles-mêmes ou en voie de l’être, à quelque niveau que  ce soit de notre organisation territoriale.

Marcel K. Mikobi
Lubumbashi, 9/07/2015 Mukuba

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