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RDC: Kamwina Nsapu, un rebelle qui a fait parler de lui

RDC: Kamwina Nsapu, un rebelle qui a fait parler de lui

Depuis huit mois les provinces du Kasaï, dans le centre de la République démocratique du Congo (RDC), paient les frais de violences meurtrières nées de la révolte des adeptes d’un chef traditionnel tué par la police en août dernier.

RDC: Kamwina Nsapu, un rebelle qui a fait parler de lui
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Depuis huit mois les provinces du Kasaï, dans le centre de la République démocratique du Congo (RDC), paient les frais de violences meurtrières nées de la révolte des adeptes d’un chef traditionnel tué par la police en août dernier.

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RDC: Kamwina Nsapu, un rebelle qui a fait parler de lui

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Depuis huit mois les provinces du Kasaï, dans le centre de la République démocratique du Congo (RDC), paient les frais de violences meurtrières nées de la révolte des adeptes d’un chef traditionnel tué par la police en août dernier.

Abattu à Tshimbulu dans le Kasaï-central, Jean-Pierre Mpandi, un Kamwina Nsapu (titre honorifique accordé à un chef traditionnel dans cette région du pays) avait été désigné en 2011 par la famille régnante pour succéder à son oncle à la tête du clan des Bajila-Kasanga dans le groupement de Diabataie au sud-est de Kananga, capitale de la province du Kasaï-central.

Un choix qui n’a guère plu aux autorités locales, ont rapporté à Anadolu des sources locales.

Le gouverneur du Kasaï-central, Alex Kande aurait, en effet, refusé de reconnaître à Mpandi le droit de régner sur les Bajila-Kasanga, peuple majoritaire dans le Kasaï-central, apprend Anadolu auprès de parlementaires de la région.

Marginalisé par le pouvoir et adoré par les siens, Kamwina Nsapu s’était vite érigé en opposant à Kinshasa, au moment où les tensions politiques allaient crescendo à l’approche de la fin du dernier mandat constitutionnel de Joseph Kabila ( décembre 2016).

Selon les mêmes sources locales, Kande avait exigé de Mpandi , réputé hostile au régime en place, d’adhérer « solennellement » à un parti politique de la majorité présidentielle pour lui reconnaître le droit de régner sur les Bajila-Kansanga.

Une demande catégoriquement rejetée par le chef traditionnel, qui avait également défié Kinshasa à la suite de l’adoption, en 2015, d’une nouvelle loi sur le statut des chefs coutumiers et le découpage territorial, appelant en juin dernier à une insurrection contre les autorités.

Mpandi avait, par ailleurs, mené campagne au delà même de sa juridiction, appelant les populations à « chasser » le régime en place à partir du 19 décembre 2016, date à laquelle le mandat de Joseph Kabila arrivait à terme.

Ses revendications coutumières ont vite attisé une révolte populaire doublée d’un mécontentement à l’égard du pouvoir central dans une région considérée comme le bastion de l’opposition. Lors du scrutin présidentiel de 2011, Etienne Tshisekedi, le principal opposant avait raflé près 75 % de voix dans les deux provinces du Kasaï.

La mort prématurée de Kamwina Nsapu, 50 ans,avait basculé la province du Kasaï-central dans un cycle de violences meurtrières qui se sont, progressivement, répandues dans les provinces voisines du Kasaï-Oriental, Lomami et Kasaï.

Selon les Nations-unies, les heurts entre les rebelles de Kamwina Nsapu et la police ont fait plus de 400 morts, dont les corps auraient été disséminés dans des fosses communes. Quarante fosses ayant déjà été découvertes par les enquêteurs onusiens depuis le déclenchement des hostilités.

L’ONU reproche, en outre, aux forces congolaises un usage “disproportionné” de la force dans la lutte contre ces miliciens, ne disposant généralement que de bâtons et de lance-pierres, de machettes, flèches et de fétiches pour se défendre. Kinshasa accuse pour sa part, les miliciens de détenir également des fusils d’assaut du type AK 47.

Le parquet général de l’armée avait, toutefois, récemment reconnu dans une conférence de presse, que les fosses communes « ne sont seulement pas l’œuvre des miliciens mais également des forces de sécurité congolaises ».

Meurtre de deux experts onusiens en mars dernier, décapitation de trente-neuf (39) policiers en mission, « l’ampleur de violence dans les provinces du Kasaï dépasse largement depuis début 2017 celui dans l’Est congolais où sévissent plusieurs dizaines de groupes armés depuis plus de deux décennies » a déclaré à Anadolu José Maria Aranaz , le directeur du bureau conjoint des nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH).

« La majorité des miliciens sont des mineurs recrutés et initiés localement à des pratiques sorcières », selon le porte-parole du gouvernement congolais Lambert Mende qui évoque un « terrorisme » qui n’a pas encore dit son nom.

Dimanche dernier, la famille régnante de Bajila Kasanga a déclaré la fin de la guerre contre le gouvernement après avoir obtenu de la part des autorités les dépouilles de Jean-Pierre Mpandi, qui a ensuite été exhumé suivant les pratiques traditionnelles réservées à un chef coutumier.

Kinshasa a ensuite signé un arrêté reconnaissant Jacques Kabeya Ntumba comme successeur de Mpandi, afin de mettre fin à cette crise, cependant Kinshasa est loin de considérer ce conflit comme « résolu » car des bandes armées opérant sous la même étiquette « subsistent » dans la région, selon le porte-parole du gouvernement. AA/Kinshasa

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