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RDC-KINSHASA : Patrouille Illégale et fusillade ! Une dame abattue au quartier Abattoir

RDC-KINSHASA : Patrouille Illégale et fusillade ! Une dame abattue au quartier Abattoir

L’insécurité tant déplorée dans la ville de Kinshasa, ces derniers temps, n’est plus l’effet des bandits et autres marginaux seuls, mais aussi des éléments incontrôlés des Fardc, des déserteurs et autres agents indisciplinés de la police. Le cas des éléments incontrôlés de la police est symptomatique d’une forme d’insécurité qui règne dans certains coins de la capitale.

Interpellés par les méfaits commis par les agents sous leur commandement sur de paisibles citoyens, les responsables de la Police nationale congolaise s’interrogent actuellement sur cette forme de criminalité et tentent de trouver de solutions à chaque type de situation d’insécurité. Et pour éviter que le mal puisse gangréner d’autres éléments, ils envisagent d’anticiper sur les événements dans le cadre des méthodes préventives contre l’indiscipline et autres crimes dans les rangs de la troupe.

Dernièrement, une patrouille illégale des policiers de Masina a débouché sur le meurtre d’une dame et suscité une vive émotion dans cette commune, au point qu’on se demandait pourquoi ces éléments incontrôlés ont agi à l’encontre de leur déontologie et de leur éthique.

Replongeons-nous dans les feux de l’action d’une patrouille illégale pour en revivre les péripéties, ainsi que les dérapages.

La nuit est tombée le dimanche 23 août dernier sur la commune de Masina. Un groupe d’agents indisciplinés de l’escadron mobile d’intervention de Tshangu assis quelque part, dans une sorte de point de contrôle, réfléchissent sur la manière de gérer la crise. Plus futé, un policier va proposer l’organisation d’une patrouille. «En tenue et avec nos armes, nous pouvons sillonner les rues noires de certains quartiers. Même si nous croisons des agents réguliers des unités territoriales», a renchéri un de leurs compagnons d’arme, personne ne saura que nous opérons dans l’illégalité et pour notre propre compte.

Le sous-commissaire principal Kihosa Lemis, qui aurait pu dissuader ses collègues de l’unité, estime qu’il peut diriger cette opération dont il pense qu’elle pourra rapporter quelques butins à sa bande. Quatre policiers réputés indisciplinés, le brigadier adjoint Lushiku Mobombele alias Béton, l’agent de police principal Kitolonga Mavale alias Golf, les agents de police Mbombo Mabuso et Ngalula Makiadi, décident de constituer ce groupe de policiers tracassiers dont la caractéristique principale est qu’ils vont se livrer toute la nuit à l’extorsion des fonds et autres objets de valeur de paisibles citoyens.

Lors du briefing, le chef de cette bande fixe pour sa patrouille pédestre, le rôle de chacun sur le terrain et trace l’itinéraire à suivre. Il a oublié les précautions à prendre en cas de dérapages et de certains abus. Le sous-commissaire principal Kihosa ne fera nullement allusion à aucun règlement d’ordre intérieur. Rendez-vous est alors vite pris pour se retrouver à une heure précise au point de ralliement. Consigne particulière : être en tenue de la police et armé.

A 21 heures, tout le groupe est présent au lieu de rendez-vous. La patrouille démarre avec les interpellations des piétons croisés sur leur itinéraire. Et personne ne sait quelle surprise désagréable les attend avant le lever du jour. Hommes, femmes et enfants rencontrés cette nuit-là seront contrôlés et fouillés systématiquement. Argent, téléphone et bijou sont arrachés, malgré les protestations de victimes.

Sur avenue Makabo, quartier Abattoir, Rémi Boketshu et son ami Christian Ilunga Omari s’entretiennent devant leur parcelle. Surgit la bande qui vite, les interpelle en exigeant la présentation de leurs pièces d’identité. Les documents sont en ordre. Et au lieu de poursuivre leur route, les policiers tracassiers vont arracher leurs deux téléphones cellulaires. Une chaude discussion s’engage. Les jeunes garçons crient et appellent l’intervention des voisins du quartier, qui sortent l’un après l’autre pour voler à leur secours. Le groupe de badauds enfle. Envahis, les cinq policiers décident de ne pas restituer les téléphones extorqués.

La mère de Christian Ilunga Omari, une dame au sang chaud, sort en catastrophe et exige la restitution des téléphones. Sinon, a-t-elle menacé, la hiérarchie en sera saisie.

Le policier Kitolonga Mavale dit Golf courroucé, menace pour sa part d’user de son arme pour rétablir l’ordre dans ce quartier. Il va chasser les badauds à qui il demande de se disperser. Personne ne bouge d’une semelle. Golf actionne son arme. Instinctivement, il ôte la sécurité et dans une manœuvre, engage la balle dans la chambre.

«Dégagez, car je serais impitoyable» ! a-t-il lancé en guise d’ultimatum. Curieusement, les habitants de l’avenue s’y opposent farouchement, tenant à ce que les téléphones arrachés soient rendus à leurs propriétaires. Car, pour ces témoins de l’extorsion, détenir un téléphone n’est pas une infraction ni au code pénal, ni au civil.

Arme pointée sur Pauline Omari, un coup part. Mortellement atteinte, la dame s’écroule. La scène révolte les habitants du quartier et les noctambules. Tout se précipite alors. Les policiers pris dans la tourmente tirent en l’air pour se créer un passage et se tailler.

Conduite à l’hôpital, la jeune dame est morte, ayant perdu beaucoup de sang. Le jour suivant, les responsables de la police sont informés de cet incident malheureux. Réaction immédiate : il faut identifier tout le groupe et le mettre en état d’arrestation. Car, il doit répondre de son crime.

Le dossier est confié à la Direction de lutte contre la grande criminalité à la Coordination nationale de la police judiciaire, qui a ouvert les enquêtes pour déterminer les circonstances exactes des extorsions perpétrées par le groupe, et le meurtre commis sur Pauline Omari. On attend de ces investigations que soit établie la responsabilité de chaque policier dans cette affaire.

J.R.T./LP

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