Share
RDC : Le jeu des alliances régionales et internationales entretiendra le statu quo (Analyse)

RDC : Le jeu des alliances régionales et internationales entretiendra le statu quo (Analyse)

RDC : Le jeu des alliances régionales et internationales entretiendra le statu quo (Analyse)
Summary:
Les Américains sont les mieux positionnés en RDC, aux plans politique, diplomatique et économique, mais seul le peuple congolais décidera de sa destinée, compte tenu de l'enchevêtrement des intérêts de plusieurs acteurs internationaux.

0%

Les Américains sont les mieux positionnés en RDC, aux plans politique, diplomatique et économique, mais seul le peuple congolais décidera de sa destinée, compte tenu de l’enchevêtrement des intérêts de plusieurs acteurs internationaux.

Explosive, la République Démocratique du Congo (RDC) risque de perdurer dans le statu quo. Etant divisée entre deux camps jusqu’au-boutistes, à savoir, celui du président sortant Joseph Kabila et celui de l’opposition radicale guidée par le vétéran Etienne Tshisekedi et l’ex-gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, la RDC donne à lire un embrouillamini peu déchiffrable sur le court terme.

Ceci étant, le poids des alliances régionales et internationales et le jeu latent des grandes puissances, dans ce pays potentiellement riche en minerais d’Afrique centrale, pèsera sur la nature du dénouement de la crise politique, secouant cette ancienne colonie belge, de l’avis de géopoliticiens approchés par Anadolu.

La réalité du terrain confirme, elle, ce premier constat. Les dernières nouvelles en provenance de Kinshasa faisant état d’au moins 34 morts parmi les civils et de 275 arrestations parmi les manifestants, selon Human Rights Watch (HRW). Ces Congolais manifestaient contre le président Kabila, dont le deuxième et dernier mandat constitutionnel a expiré lundi dernier.

Un dialogue entre la majorité présidentielle et une frange de l’opposition a consacré, au mois d’octobre dernier, le prolongement du mandat de Kabila, jusqu’en avril 2018. Le « Rassemblement des forces acquises au changement », principale plateforme de l’opposition, qui avait boycotté ce dialogue, en a rejeté les conclusions et appelé à une transition politique sans Kabila.

Le duel est donc engagé depuis lundi avec le recours de l’opposition à la rue, mais le dénouement ne semble pas être pour aujourd’hui, compte tenu des intérêts politiques, diplomatiques et économiques de plusieurs acteurs.

* L’allié américain peut peser, mais seul le peuple congolais sera décisif

Interrogé par Anadolu pour rebondir sur une déclaration du médiateur désigné par l’Union africaine, le Togolais Edem Kodjo, qui a affirmé à Jeune Afrique que les Américains veulent jouer un rôle de premier plan, dans la crise congolaise, le géopoliticien Francis Laloupo n’y est pas allé par quatre chemins.

« La présence américaine en RDC remonte à la deuxième guerre mondiale. D’ailleurs, l’uranium utilisé pour la fabrication des trois premières bombes nucléaires américaines (celle testée le 16 juillet 1945 dans le désert d’Alamogordo ‘Nouveau-Mexique’, ndlr) puis celles larguées sur Hiroshima et Nagasaki (début août 1945, ndlr), provenaient du Congo belge », explique le professeur des relations internationales à l’Institut pratique du journalisme de Paris (IPJ).

« Cette présence américaine s’est toutefois affirmée dès les années 90, avec l’ancien président Bill Clinton et son projet baptisé ‘Un tournant pour l’Afrique. Ledit projet plaide pour «un changement radical de la politique des Etats-Unis à l’égard de l’Afrique», en prêchant le développement par la discipline du marché, a-t-il poursuivi.

Selon le géopoliticien, la motivation était,- et l’est encore aujourd’hui,- aussi stratégique. L’objectif ayant été de désintégrer des réseaux traditionnels d’influence, hérités de la période coloniale, avec la montée au pouvoir d’une nouvelle génération de dirigeants africains et de chefs de guerre, anglophones, «anticolonialistes», plus ouverts au libéralisme économique et acquis au «modèle américain», en Ouganda, en Ethiopie, en Erythrée, au Rwanda, au Burundi et surtout au Congo-Kinshasa (ex-Zaïre), où les Etats-Unis ont joué un rôle, au moins de connivence passive, dans la victoire de Laurent Kabila (père de Joseph Kabila).

L’allié américain se montre, néanmoins, plutôt proche, aujourd’hui, de l’opposant Moïse Katumbi. Toutefois, bien que d’une importance capitale, ce facteur ne peut-être, à lui seul, décisif dans le dénouement du duel politique congolais, de l’avis de Laloupo.

«C’est vrai que les Américains se positionnent politiquement, diplomatiquement et économiquement sur la première ligne en RDC, talonnés par les Chinois,- les Belges et les Français, étant sur la deuxième ligne s’agissant d’un pays relevant de l’espace francophone-, mais ils ne peuvent en aucun cas décider unilatéralement du sort de la RDC», pense l’analyste.

C’est qu’il est difficile pour les USA et le reste des acteurs internationaux, fait observer l’analyste, d’aller au-delà de la condamnation et des sanctions économiques, tant que la position officielle de l’Angola et du reste des pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale est plutôt favorable à Kabila.

«Le rapport des forces profite pour l’instant au camp Kabila qui a franchi la ligne rouge en se maintenant à la tête de l’Etat au-delà de son mandat et sur le plan politique et sur le plan militaire. Mais il n’en demeure pas moins qu’il est l’auteur d’un coup d’Etat constitutionnel aux yeux de la Communauté internationale et au regard d’organisations africaines comme la Cédéao (Communauté des Etats économiques de l’Afrique de l’Ouest) », dit le professeur des relations internationales.

* Les acteurs régionaux et les jeunes, fer de lance du mouvement insurrectionnel

Ceratins acteurs régionaux et internationaux, dont la Cedéao, l’Union européenne et l’Union africaine (UA), ont mis en garde le gambien Yahia Jammeh contre la volte-face qu’il avait opérée, refusant de céder le pouvoir au nouveau président récemment élu. De telles positions serviraient, selon l’analyste, le peuple congolais en cas d’insurrection générale pour réclamer le respect de la constitution.

« Aux yeux de la communauté internationale, on sera plutôt beaucoup plus face à un coup d’Etat constitutionnel qu’une crise politique ordinaire. Du coup, il ne faut pas sous-estimer la portée du mouvement insurrectionnel qui a pour atout une Société civile avec comme fer de lance les jeunes. On parle, dès lors, d’un décalage générationnel entre un pouvoir qui use de méthodes traditionnelles pour assurer sa survie et de jeunes générations qui aspirent irréversiblement à la démocratie. Rien ne sera plus comme avant dans ce pays », extrapole Francis Laloupo.

Livrant une toute autre approche, le géopoliticien français contactée par Anadolu, Philippe Hugon, affirme que l’opposant Etienne Tshisekedi, âgé de plus de 80 ans, ne peut pas représenter l’avenir, dans un pays de 2,5 millions de km2 et où les différences entre les régions se montrent des plus prononcées.

« Dans ce pays, autrefois ancienne propriété du roi belge Leopold II, aujourd’hui prisé par les grandes puissances, les enjeux sont à la fois divers et entremêlés. Du coup, le statut-quo peut durer plus qu’il n’est prévu et les violences pourraient-être aussi violentes que fatales », analyse le chercheur à l’Institut de Relations internationales et stratégiques de Paris (IRIS).

Le dernier rapport du FMI classe la République démocratique du Congo parmi les pays les plus pauvres du monde malgré les richesses de son sous-sol. La dernière étude du FMI, datant de 2015, pointe l’extrême pauvreté de la majorité des Congolais. Car si le PIB par habitant a bien doublé entre 2005 et 2012, 82% des Congolais vivent encore sous le seuil de « pauvreté absolue », avec 1,25 USD par jour. En cause, selon l’Instance financière internationale, la gouvernance défaillante du secteur minier.

Grand producteur de cobalt, de cuivre et de diamant entre autres, la RDC possède également un fort potentiel en ressources hydrauliques et forestières. Mais, les économies de ces secteurs sont les moins bien partagées du pays, en raison d’une « corruption endémique » et des conflits minant l’Est du pays, où évoluent plusieurs groupes armés qui se disputent le contrôle des richesses naturelles. A.A.

Laisser un commentaire