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RDC : Le ventripotent ministre Kin Kiey, voudrait que Kabila reste au pouvoir

RDC : Le ventripotent ministre Kin Kiey, voudrait que Kabila reste au pouvoir

Patron de l’association « Kabila désir » et ministre des relations avec le parlement, Tryphon Kin-Kiey souhaite voir le président congolais « rester au pouvoir » et considère la limitation des mandats comme « injuste ». Une position qui fait débat.

« Les élections ne sont pas la démocratie. Les élections n’ont jamais été la démocratie. Les lendemains des élections sont pires dans nos pays que la veille des élections » déclarait Tryphon Kin Kiey, le 27 juin 2015 à Masimanimba.

A moins d’un an et demi de la fin de son mandat, le sort du président congolais Joseph Kabila reste toujours incertain. Si la Constitution lui interdit de se représenter en 2016, l’opposition lui prête les intentions de vouloir s’accrocher au pouvoir. Ses détracteurs l’accusent de chercher à faire « glisser » le calendrier électoral pour jouer les prolongations. Un « glissement » qui lui permettrait de rester dans son fauteuil sans modifier la Constitution et donc sans s’attirer l’ire de ses opposants et de la communauté internationale. Pour l’instant, le président ne s’est pas encore exprimé sur le sujet et son entourage n’ose trop s’avancer, tant le dossier est sensible.

« Kabila désir, désir de Kabila »

Dans un climat politique très tendu, seul un ministre n’hésite pas à afficher ouvertement son choix. Il s’agit de Tryphon Kin-Kiey Mulumba, ministre chargé des relations avec le parlement. Lorsque l’opposition crie « Kabila doit partir », Kin-Kiey affirme sans hésitation « Kabila doit rester » et créer dans la foulée une association, « Kabila désir », tout à la gloire de l’actuel président congolais. C’était en août 2014. Depuis, Tryphon Kin-Kiey a récidivé dans un discours enflammé devant les militants du Parti pour l’action (PA), son propre mouvement politique. Dans son texte prononcé dans son fief du Bandundu, Kin Kiey a lancé un appel à la mobilisation autour de Joseph Kabila « pour le salut de la Nation ». « Rien ne se fera aujourd’hui ou demain sans Kabila, ni contre Kabila, a-t-il déclaré, sauf à plonger le Congo dans de nouveaux conflits ».

5 chantiers

Véritable tête de pont de la « kabilie », il est intéressant de noter les arguments développés par le ministre pour demander aux Congolais de soutenir Joseph Kabila. L’essentiel repose sur la réussite des « 5 chantiers » lancés par le président congolais en 2006. « Le Bandundu est l’un des plus grands bénéficiaires de sa vision des 5 chantiers et de sa politique de révolution de la modernité », affirme Kin Kiey. « Aujourd’hui, trois heures suffisent pour vous transporter dans cette contrée. Une route qui repousse la misère ». A Kinshasa, « un infini boulevard à huit bandes conduit à l’aéroport comme il n’en existe ni en Belgique, ni en France, ni en Allemagne. Quand en Belgique et en France, la croissance peine à atteindre 0,1%, au Congo, nous sommes à 9% et bientôt à 10%… ».

Croissance « de rattrapage »

La route de l’aéroport, toute symbolique qu’elle soit, reste malheureusement une goutte d’eau dans une capitale encore mal desservie en routes asphaltées et en accès à l’eau, à l’électricité et en services publiques. Quant au taux de croissance, certes impressionnant, il bénéficie peu aux Congolais, vivant encore en majorité en dessous du seuil de pauvreté (2$ par jour). La République démocratique du Congo bénéficie d’une croissance « de rattrapage » et se traîne toujours en queue de peloton dans les classements mondiaux. Même si le pays part de loin, 14 ans de pouvoir de Joseph Kabila, n’ont pas transformé le Congo, où la population en vient à regretter la triste période du dictateur Mobutu.

Trop chères élections

Mais le plus intéressant vient de la lecture faite par Tryphon Kin-Kiey du processus électoral en cours en RDC. Avant la présidentielle de 2016, le pays doit organiser sept scrutins : locales, municipales, provinciales, gouverneurs… un rythme beaucoup trop soutenu au vue, notamment, du manque de moyens financiers pour l’organisation des scrutins. Le coût de ce cycle électoral a été estimé par la Commission électorale (Ceni) à 1,2 milliards de dollars. Pour le ministre des relations avec le parlement, « Quand un pays peine à mobiliser un budget de 7 milliards, ne peut donner à boire et à manger à sa population, il doit réfléchir avant de décaisser 1 milliard de dollars qu’il aurait consacré à l’eau, à l’électricité, à la santé, aux écoles, aux routes, fournitures primaires qui ne peuvent malheureusement cruellement être honorées par le Trésor ! ».

Scrutin indirect

Pour résoudre à la fois le manque de moyens financiers, « l’identification et le recensement des populations qui sonnent comme une gageure », Tryphon Kin-Kiey, propose de « changer de logiciel en passant par exemple du mode de scrutin direct au mode de scrutin indirect ».  Ce qui ferait du parlement, élu par le peuple, « le lieu de désignation du président ». Ce changement de mode de scrutin pourrait-il « sauver » Joseph Kabila pour un possible troisième mandat ? Certainement pas puisqu’il faudrait de toute façon modifier la Constitution et « déverrouiller » également l’article 220 qui empêche le président de se présenter à un troisième mandat. Et après les violentes manifestations de janvier 2015, le pouvoir de Kinshasa semble, pour le moment, vouloir éviter tout « toilettage » de la Constitution qui pourrait remettre le feu aux poudres. Il est pourtant clair que le passage au scrutin indirect, comme celui de la présidentielle à un seul tour institué en 2011, favorise nettement le candidat de la majorité en place.

Limitation des mandats « injuste »

Faut-il pour autant faire une croix sur le maintien au pouvoir de Joseph Kabila après 2016 ? Contacté par Afrikarabia, Tryphon Kin-Kiey apporte deux indications importantes. Premièrement : « sur le maintien au pouvoir du président Kabila, ce qui intéresse les Congolais, c’est la paix, la sécurité nationale et la stabilité » affirme le ministre. La RDC est en conflit chronique depuis plus de 20 ans et un retour à une plus forte instabilité sécuritaire permettrait sans doute à Joseph  Kabila de jouer les prolongations. Deuxièmement : « sur la limitation des mandats, notre thèse de tous les temps est la suivante : cette limitation est injuste pour nos présidents quand un député peut se présenter à l’infini. Nous pensons que seul le peuple peut arrêter un mandat en sanctionnant une gestion. C’est le cas à Berlin ou Londres. Nos pays n’ont pas de stocks de compétences avérées ».

Un œil sur le Burundi

Sans déclaration claire de Joseph Kabila sur son avenir, il est difficile de pronostiquer le scénario de la prochaine présidentielle. Si certains, dans le camp de la majorité présidentielle, comme Tryphon Kin-Kiey, estiment que Joseph Kabila doit rester au pouvoir, même au prix d’une modification de la Constitution, les proches du président congolais scrutent avec attention le voisin burundais, Pierre Nkurunziza, qui brigue un très contesté troisième mandat. Kinshasa attend sans doute de voir l’issue du bras de fer entre le président burundais et l’opposition, ainsi que l’attitude, pour le moment assez passive, de la communauté internationale. Pour l’instant, l’opposition croit toujours que la stratégie du « glissement » sera privilégiée à celle de la modification de la Constitution. Mais il est vrai qu’en lisant le discours de Tryphon Kin-Kiey devant ses militants, on peut encore se demander si cette option n’est pas encore d’actualité.
Christophe Rigaud
Afrikarabia

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