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RDC :Richard Muyej, réagit à la dissidence de Katumbi  et de son passage dans l’opposition

RDC :Richard Muyej, réagit à la dissidence de Katumbi et de son passage dans l’opposition

Au Congo-Kinshasa, le passage de Moïse Katumbi dans l’opposition continue de faire des vagues. Le 29 septembre, le riche gouverneur de la riche province du Katanga a annoncé son départ du parti au pouvoir PPRD. Le 2 octobre, sur RFI, il a expliqué qu’il partait à cause de la volonté du pouvoir de ne pas respecter la Constitution et de retarder les élections à venir. Aujourd’hui, le pouvoir en place réagit par la voix d’un autre Katangais, Richard Muyej, membre du bureau politique de la Majorité présidentielle. En ligne de Lubumbashi, l’ancien ministre congolais de l’Intérieur (2012-2015) répond, sans langue de bois, aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Quand Moïse Katumbi dit que tout est mis en œuvre pour ne pas respecter la Constitution et pour retarder les élections du pays. Il a raison ou il a tort ?
Richard Muyej : C’est un procès d’intention, mais lui-même est membre du PPRD. Je me pose la question de savoir si Moïse Katumbi, en fouillant sa mémoire, se rappelle qu’une seule fois on s’est réuni pour décider d’une telle stratégie. Ça m’étonnerait qu’il dise oui. Nous n’avons jamais débattu de cette question.

Le calendrier électoral prévoyait à partir de ce mois d’octobre une série de sept élections locales avant les élections nationales de novembre 2016. Or ça y est, on sait maintenant que le top départ de cette série d’élections n’aura pas lieu ce mois-ci et qu’il va être décalé de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois. Est-ce qu’on n’est pas déjà dans le glissement ?
Il y a des difficultés réelles et le chef de l’Etat a raison d’inviter la classe politique à un dialogue, c’est d’ailleurs à la demande de l’opposition. Au lieu de glisser dans les spéculations, il est important que les acteurs politiques se retrouvent et débattent calmement de cette question. C’est tout simplement un procès d’intention.

Mais surcharger le calendrier électoral pour repousser la présidentielle aux calendes grecques, ce n’est pas une stratégie de votre part ?
Personne n’en a parlé. Il faut qu’on se retrouve autour de la Ceni [Commission électorale nationale indépendante] pour décider de ce que nous voulons, ce qui est prioritaire dans ce calendrier, par quoi devrions-nous commencer. Mais il faut débattre.

La présidentielle avant la fin de novembre 2016, vous êtes sûr à 100% ou à 99% ?
C’est constitutionnel, mais c’est un processus qui a des difficultés et le peuple le saura et nous le dirons à temps. Le chef de l’Etat a encore la possibilité de s’exprimer parce qu’il s’exprime sur l’état de la nation une fois par an au mois de décembre devant le Congrès, il le fera. S’il y a quelque chose de nouveau, nous le saurons.

Moïse Katumbi, c’était un poids lourd du parti au pouvoir, le PPRD. La preuve : son élection au poste de gouverneur du Katanga en 2006. Est-ce que ce n’est pas une grosse perte pour vous ?
C’est une vérité. J’étais sur la même liste que lui en 2006. Il a eu énormément de voix. Mais je voudrais vous rappeler que j’ai reçu Moïse Katumbi quand il est revenu d’exil. Le PPRD existait et il survivra après son départ. C’est moi qui l’ai encadré pour son avènement en tant que gouverneur du Katanga. C’est moi. Il le sait. Je sais ce qu’il était et je sais ce qu’il est devenu aujourd’hui. Un minimum d’humilité et de reconnaissance. Le pouvoir l’a rendu fort. Je l’ai entendu parler de fortune, je ne voudrais pas en rire, mais je sais que ce sont des carabiniers qui l’ont rendu riche et c’est l’avantage d’avoir été administrateur de la Gécamines. C’est l’effort du président de la République pour aider la jeune génération de Congolais. Il avait demandé à l’époque que nous ne puissions pas donner des gisements uniquement aux investisseurs étrangers, qu’on puisse favoriser aussi des opérateurs économiques congolais. Nous l’avions fait. Moïse Katumbi est de ceux-là. Mais il ne faudrait pas qu’aujourd’hui, il puisse cracher sur la main qui l’a alimenté, sur la main qui l’a nourri.

Vous ne craignez pas que les millions de Katangais qui ont voté Katumbi en 2006 ne le suivent aujourd’hui dans l’opposition ?
Je ne crains rien du tout. Moïse Katumbi, je sais qu’il est populaire. Je sais que c’est le dirigeant d’une grande équipe de football. Nous sommes tous Katangais et je crois que les gens ne sont pas naïfs. Je ne crois pas que tous les Katangais le suivent aveuglément.

Les attaques personnelles qu’on entend depuis trois jours à Kinshasa contre Katumbi qui serait un mauvais gestionnaire et qui persécuterait les magistrats. Est-ce que c’est le signe annonciateur d’une campagne de harcèlement judiciaire contre lui ?
Je ne voudrais pas entrer dans ce débat d’attaques personnelles, mais je voudrais juste rappeler, parce que vous avez parlé de magistrats, qu’il est vrai qu’il y a eu une commission d’enquête de magistrats pour enquêter sur la fraude fiscale, sur la fraude douanière. Et les autorités provinciales à l’époque avaient empêché la réalisation de la mission. Je vous confirme que je connais certains de ces magistrats parce qu’à l’époque, j’étais moi-même ministre de l’Intérieur et j’étais informé.

Selon certaines sources, les autorités de Kinshasa envisageraient de frapper Moïse Katumbi d’une interdiction de sortie de territoire sous prétexte qu’une enquête serait en cours sur ses biens ?
Non, je ne suis pas au courant de ce qui se prépare à ce niveau, mais cela m’étonnerait qu’on en arrive à cela.

Parmi ces nouveaux dissidents de la Majorité présidentielle, outre Moïse Katumbi, il y a d’autres poids lourds de la vie politique katangaise comme le doyen Mwando Simba et l’ancien président de l’Assemblée provinciale Gabriel Kyungu.

Est-ce que l’opinion katangaise ne risque pas de basculer dans l’opposition ?
Je ne sais pas. Ne vous laissez pas impressionner par ces gens. En 2006, au premier tour, Mwando Simba a été dans l’opposition, contre Joseph Kabila. Ça n’a pas empêché Kabila d’être le premier au premier tour. Au deuxième tour, comme il a l’habitude de ce genre d’acrobatie, il s’est retrouvé derrière Kabila. Donc nous sommes habitués à ce jeu.

Plusieurs personnalités katangaises dont vous-même, viennent d’arriver à Lubumbashi en provenance de Kinshasa. Est-ce pour colmater la brèche créée par la démission de Moïse Katumbi ?
Il y a eu énormément d’intoxications avec la démarche du G7 au niveau de l’opinion. Il nous appartenait de venir pour donner l’autre son de cloche.

Ce qui veut dire que pour vous, le départ conjugué de Mwando Simba, de Gabriel Kyungu, de Moïse Katumbi, ça veut dire peut-être danger pour la Majorité présidentielle au Katanga. Il faut aujourd’hui lancer la contre-offensive ?
Ce ne serait pas honnête à mon avis, à mon niveau de ne pas reconnaître ce danger. Il est tout à fait important que nous puissions nous battre pour préserver cette majorité. Nous venons de réussir à le faire au niveau de l’Assemblée nationale. Les députés ont compris que leurs responsables étaient dans l’erreur et qu’ils agissaient sans les associer. Nous venons expliquer à la base pour qu’elle comprenne où se trouve la vérité.

Serez-vous candidat vous-même au poste de gouverneur de la nouvelle province de Lualaba ?
On n’en est pas encore là. Si mon parti me désigne comme candidat de ma province de Lualaba, je ne dirais pas non.

Et aujourd’hui, l’heure est à la contre-attaque ?
J’attends cette réplique et je resterai au Katanga le temps qu’il faut que mes frères comprennent où se trouve la vérité.

Christophe Boisbouvier
RFI

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