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RDC : dialogue “national” de Kabila et Tshisekedi, nous fera vivre des douleurs terribles…

RDC : dialogue “national” de Kabila et Tshisekedi, nous fera vivre des douleurs terribles…

Joseph Kabila a annoncé la tenue d’un dialogue pour « donner une chance au processus électoral », mais les arguments avancés par le président congolais font craindre un subterfuge pour négocier un report de la présidentielle de 2016, partager le pouvoir, et changer les modalités de vote.

Accusé par l’opposition de vouloir se maintenir au pouvoir au-delà du délai constitutionnel de 2016, le président Joseph Kabila a annoncé ce samedi 28 novembre la convocation d’un dialogue national. L’objectif avoué par le président congolais est de trouver « un consensus responsable » afin de « donner une chance à la relance du processus électoral et de garantir la stabilité et la paix pendant et après les élections ».

Au programme de ce dialogue : le fichier et le calendrier électoral, mais aussi le financement et la sécurisation des élections. Si l’on comprend bien Joseph Kabila : il n’ y a pas assez d’argent pour organiser les prochains scrutins : « la capacité actuelle de mobilisation des recettes ne le permet pas ». Autant dire donc, que la présidentielle et les législatives de novembre 2016 sont bien mal parties. Pour le président, il n’y a donc pas le choix. Il faut négocier. Mais une négociation qui risque essentiellement de porter sur son maintien au pouvoir au-delà de la durée constitutionnel de son mandat ou sur un changement des règles du jeu électoral.

Que peut-on attendre de ce dialogue ?

Pour contourner les problèmes financiers, le président congolais propose justement une piste : « ne peut-on pas engager dès à présent une réflexion sur un système électoral avec des modalités de votes peu coûteuses comme c’est le cas dans d’autres pays ? » se demande-t-il innocemment, sans plus de précisions sur les fameuses « modalités ». Car au-delà du « glissement » du calendrier électoral que redoute l’opposition, il y a cette idée avancée par le ministre Tryphon Kin Kiey d’élire désormais le président au suffrage indirect, via des « grands électeurs ». Un bon moyen de « contourner le vote des Congolais » accuse-t-on dans l’opposition, en « contrôlant plus facilement les futurs grands électeurs ». C’est pourquoi dans sa grande majorité, l’opposition a choisi de boycotter le dialogue, redoutant que cette négociation ne serve qu’à justifier le maintien au pouvoir de Joseph Kabila.

Un scénario déjà écrit

Seule l’UDPS, le parti de d’Etienne Tshisekedi, semble disposée à dialoguer avec Joseph Kabila. Un virage à 180 degrés pour l’opposant historique, connu pour son intransigeance avec un pouvoir qu’il considère comme illégitime depuis les élections chaotiques de 2011. Tshisekedi s’était même autoproclamé « président élu » de la RDC et avait interdit à ses députés de siéger au parlement. Les autres partis d’opposition redoutent surtout un nouveau partage du pouvoir, orchestré par le fils du leader historique, Félix. Des membres de l’UDPS entreraient au gouvernement, en échange du maintien au pouvoir de Joseph Kabila après 2016.

Un « rallongement » de mandat qui pourrait durer. Un porte-parole de la majorité présidentielle de l’ex-Katanga avait vendu la mèche le mois dernier en affirmant qu’il fallait repousser les élections de 2 à 4 ans, afin de mettre à jour le fichier électoral. Si l’UDPS accepte de se mettre autour de la table (ce qui n’est pas encore fait… mais plutôt bien parti), autant dire que l’issue du dialogue est déjà écrite et permettra à Joseph Kabila de s’accrocher encore quelques années à son fauteuil.

Christophe Rigaud
Afrikarabia

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