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Retrait du contingent guinéen de la MINUSMA: « souhaitable » pour la population « irresponsable » pour la classe politique

Retrait du contingent guinéen de la MINUSMA: « souhaitable » pour la population « irresponsable » pour la classe politique

AA/ Conakry/ Boussouriou Bah

Les Guinéens sont divisés sur le maintien de leur contingent dans la force onusienne au Mali, après un récent attentat qui a fait 7 morts dans leur rang, selon un dernier bilan de l’ONU.

Alors qu’une grande partie de la population souhaite ce retrait, notamment pour protéger des frontières partagées avec le Mali, la plupart de la classe politique et membres de la société civile soutient le maintien de cette force pour « ne pas céder à la logique des terroristes ».

La question alimente les débats à Conakry, depuis vendredi dernier, jour de l’attentat revendiqué par Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), actif dans cette région. Dans les rues et cafés de la capitale Conakry. beaucoup de citoyens souhaitent le « retrait » des soldats guinéens, pour « revenir sécuriser » le pays.

« Ils [les terroristes] ont attaqué la capitale du Faso, il y a quelques semaines..En tant qu’autre pays frontalier du Mali, on devrait s’inquiéter et renforcer la sécurité nationale ! », estime Mamadou, un fonctionnaire, interrogé par Anadolu.

Boubacar, jeune étudiant en sciences politiques à l’Université de Conakry s’intéresse particulièrement au dossier malien. Il estime que le retrait est d’autant plus envisageable que le contingent ne compte que 152 soldats. « Avec ses quelque 11.000 soldats, la MINUSMA ne devrait pas en souffrir », lance-t-il à Anadolu.

Pour l’opposition guinéenne, le retrait définitif des soldats guinéens ne serait pas « responsable » de la part de la Guinée.

« La participation de la Guinée à un effort de lutte contre le terrorisme dans un pays voisin constitue une action de protection de notre pays. Autrement dit, c’est comme si nous prenions le devant pour combattre l’ennemi avant qu’il n’atteigne notre territoire’’, indique Faya Millimono, président du bloc libéral, à Anadolu.

‘’En matière de terrorisme, aucun pays n’est à l’abri . Il est donc souhaitable que tous les pays se tendent la main pour combattre rigoureusement le terrorisme », a-t-il ajouté.

Cette position corrobore celle officielle, montrant qu’il y a un consensus au sein de la classe politique guinéenne autour du maintien du contingent.

Toutefois, le candidat malheureux de la présidentielle du 11 octobre 2015 émet un doute sur l’envoi du contingent guinéen au Mali. ‘’Ce qu’on peut par contre dire c’est que l’Etat guinéen doit prendre les dispositions nécessaire pour une plus grande sécurité de nos soldats en mission de paix à l’extérieur du pays’’.

Dans notre pays, explique t-il, ‘’nous avons été informés de l’envoi des soldats au Mali. Si l’acte en soit n’est pas mauvais, l’on peut se poser la question de savoir si la manière dont les soldats ont été envoyés respecte notre constitution et les lois de notre pays’’.

‘’Il me semble que dans les autres pays, l’Assemblée Nationale débat de la question avant d’envoyer ses soldats sur un autre territoire afin d’éviter d’enregistrer de nombreuses pertes. Je crois que dans notre cas, il n’y a eu aucune consultation avec les institutions notamment le Parlement avant que l’envoi n’intervienne’’, ajoute l’opposant.

Pour Mamady Kaba, président de la rencontre africaine des droits de l’homme (RADDDHO), le retrait du contingent guinéen au Mali n’est pas « nécessaire ». « Quand on décide de s’impliquer dans une telle guerre, c’est en étant conscient qu’une barbarie de ce genre peut bien arriver mais nous ne pouvons pas abandonner le Mali à son triste sort. Parce que des terroristes ont décidé de nous pousser au retrait’’, estime Kaba.

‘’Si nous nous retirons du Mali, nous aurions fait le jeu des terroristes. Ces événements malheureux doivent renforcer notre conviction et notre courage à combattre à coté du pays frère.En étant au Mali, nous empêchons aux terroristes de s’attaquer à la prochaine cible qui pourrait bien être la Guinée », prédit-il.

Du coté du gouvernement, aucune position officielle n’a été affichée. On demande par contre que les auteurs soient punis. ‘ »Tout sera fait pour retrouver et punir les auteurs de cette barbarie. La nation entière est aux côtés de ses soldats pour défendre la liberté et la démocratie’’,a récemment soutenu le ministre de la défense, Mohamed Diané.

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