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Selon les estimations des professionnels de la santé, « 30 à 40% de femmes ivoiriennes s’éclaircissent volontairement la peau »

Selon les estimations des professionnels de la santé, « 30 à 40% de femmes ivoiriennes s’éclaircissent volontairement la peau »

Selon les estimations des professionnels de la santé, « 30 à 40% de femmes ivoiriennes s’éclaircissent volontairement la peau »
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En Côte d'Ivoire, la dépigmentation volontaire de la peau fait de plus en plus d'adeptes en dépit des mesures restrictives mises en place par les autorités et la sensibilisation accrue sur les méfaits d'une telle pratique.

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Selon les estimations des professionnels de la santé, "30 à 40% de femmes ivoiriennes s’éclaircissent volontairement la peau"

En Côte d’Ivoire, la dépigmentation volontaire de la peau fait de plus en plus d’adeptes en dépit des mesures restrictives mises en place par les autorités et la sensibilisation accrue sur les méfaits d’une telle pratique.

Fascinée par le modèle, surmédiatisé, de la femme blanche, les Ivoiriennes ne reculent devant rien pour avoir un teint plus clair et une peau plus fine, faisant usage de toutes sortes de produits. Elles ne sont d’ailleurs pas les seules de la sous-région à entretenir un tel objectif, indique Ouraga Basseri, sociologue et enseignant l’université Felix Houphouet Boigny d’Abidjan.

Ce phénomène touche, pratiquement, tous les pays d’Afrique subsaharienne, indique le spécialiste, ajoutant qu’en Côte d’ivoire, le phénomène était, d’abord, essentiellement urbain avant de se développer également dans les zones rurales.

S’agissant des motivations, Basseri distingue deux principales: Une d’ordre esthétique et une autre d’ordre culturel.

Evoquant l’aspect culturel de la question, il indique dans une déclaration faite à Anadolu: « Aujourd’hui, il y a ce que l’on appelle les effets de mode, un phénomène qui n’existait point dans nos sociétés africaines traditionnelles, où on avait des normes de beauté spécifiques à la femme africaine ».

« Aujourd’hui, avec la modernité, la mondialisation et les brassages culturels qui en découlent, on a de plus en plus tendance à emprunter des concepts étrangers. Ainsi, la perception de la beauté a évolué et n’est plus ce qu’elle était dans le passé. Cette ouverture sur les cultures extérieures a fait que l’on vénère davantage le modèle de la femme blanche », poursuit le sociologue.

Désormais, « la femme belle est celle qui ressemble le plus à celle relayée par les médias et autres spots publicitaires. On veut suivre la mode et celles qui ne suivent pas sont considérées comme dépassées », poursuit Basseri, ajoutant que pour ce faire, les femmes ivoiriennes et celles d’autres pays de la région se ruent sans réfléchir, sur tous ces produits éclaircissants qui vendent le rêve et promettent tous les fantasmes de beauté.

Selon les estimations des professionnels de la santé, « 30 à 40% des femmes ivoiriennes s’éclaircissent volontairement la peau ». Interrogée par Anadolu, Mireille Voglozin, dermatologue, indique que ce taux a été établi grâce à des études élaborées par des professionnels.

La prévalence de cette pratique varie, cependant, d’un milieu à un autre, ajoute-t-elle, notant que ceci dépend de certains facteurs socioculturels.

« C’est un phénomène qui dépend, grandement, du milieu socioculturel. Plus le niveau d’instruction est élevé, moins les femmes ont tendance à s’éclaircir la peau », souligne-t-elle. Fait qui s’explique d’une part par la capacité de ces femmes à mieux se prémunir contre la manipulation médiatique mais aussi par leur capacité à bien évaluer les méfaits et les effets secondaires de ces produits.

Réputés embellir les femmes, ces produits ont en effet des conséquences dangereuses et souvent irréversibles sur la santé, selon des spécialistes interrogés par Anadolu.

Pour limiter le recours à ces pratiques, le gouvernement a adopté en depuis avril 2015 un décret rationalisant la production et l’utilisation de ces produits. Mesures qui n’ont, malheureusement, pas servi à réduire de manière significative le commerce de ces produits, ni le recours des femmes à la dépigmentation.

Le marché de Marcory, dans le sud d’Abidjan, connu pour être un des plus peuplés de la capitale ivoirienne continue à être le lieu de prédilection où on peut se procurer toutes sortes de produits de beauté notamment pour s’éclaircir la peau. Des centaines de personnes, majoritairement des femmes, s’y pressent à la recherche du « produit miracle », celui qui leur permettra d’avoir « une peau éclatante et plus claire », témoigne un commerçant de la place qui dit que ces produits sont très prisés par les Ivoiriennes.

Sur les étals, on trouve des mixtures diverses, des pots de crèmes à base de corticoïdes, d’hydroquinone, de mercure et bien d’autres composantes dont l’efficacité a été reconnue pour le blanchiment de la peau…

Les prix de ces articles varient entre 1000 FCFA (environ 2 USD) et 15.000 FCFA (25 USD). Certains sont fabriqués localement, d’autres sont importés des pays de la sous-région.

Anita Konan, la trentaine, vendeuse de pagnes dans le même marché, s’approvisionne sur place en produits éclaircissant.

Interrogée par Anadolu, elle a déclaré être satisfaite des résultats obtenus grâce à une crème à base de corticoïdes.  » Désormais, ma peau est beaucoup plus claire et plus éclatante », affirme-t-elle.

Comme Anita, Aude Kouamé présente un teint éclatant et clair. « A la base, j’ai une carnation plutôt claire, je ne fais que l’entretenir à base de produits indiqués », déclare-t-elle à Anadolu.

De son côté, Anisette Odette dit aimer son teint naturel mais avoir décidé de s’éclaircir la peau pour satisfaire son mari qui « aime les peaux claires ».

Cette préférence pour les peaux claires est partagée par beaucoup d’hommes, selon des témoignages de femmes, bien que plusieurs concernés ont nié avoir des préférences de ce genre.

Interrogé à ce sujet, Silué Amadou, 35 ans, a noté que pour lui « le teint importe peu », ajoutant qu’il était triste que des femmes et même des hommes se livrent à cette pratique.

Du coté des professionnels de la santé, la pratique de la dépigmentation inquiète. Selon le docteur Mireille Voglozin, les produits utilisés ont des conséquences négatives aussi bien dermatologique que systémique.

Parmi les conséquences dermatologiques, elle cite, notamment, «des poussées d’acnés, des infections cutanées, une transpiration. Les personnes qui se dépigmentent ont une forte odeur car elles transpirent beaucoup, elles développent beaucoup de poils, des vergetures».

S’agissant des conséquences systémiques, elles sont autrement plus graves. Des cas de cancer, d’infertilité, d’hypertension artérielle, de diabète, de cataracte et de glaucome, ont en effet, été constatés après utilisation de ces produits, précise t-elle.

« Aujourd’hui une gamme de produits permet de donner plus d’éclat à la peau sans avoir besoin d’utiliser de l’hydroquinone. On fait des gommages, on utilise beaucoup d’acide de fruits, qui sont des produits qui révèlent une nouvelle peau », explique Mireille Voglozin. Agence AA

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