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Terrorisme : les multiples visages de la pieuvre Daech

Terrorisme : les multiples visages de la pieuvre Daech

L’organisation Etat islamique qui mène une guerre classique en Irak et en Syrie, a revendiqué hier les attaques terroristes de Paris © Sercom Un mouvement protéiforme capable de mener des actes de guerre classique, des raids dans le camp ennemi à coups de camions suicides, mais aussi des attaques terroristes de grande ampleur à l’étranger, comme vendredi soir à Paris. Voilà ce qu’est devenue en quelques années, selon les services de renseignements français, l’organisation Etat islamique, qui opère en Irak et en Syrie sur un territoire aussi vaste que le Royaume-Uni. Une véritable pieuvre, un groupe extrêmement difficile à éradiquer dans la mesure où il s’appuie largement sur la population sunnite — hostile aux gouvernements chiites — dans les zones qu’il contrôle.

« On considère que Daech dispose d’au moins 30 000 hommes très aguerris, dont une bonne partie de combattants étrangers venus du monde entier », explique-t-on encore à Paris. Depuis quelques semaines cependant, l’organisation islamiste a subi une série de revers militaires. Face à l’armée d’Assad, en Syrie, les jihadistes ont d’abord dû abandonner leur position stratégique autour de l’aéroport de Kweires, près d’Alep, qu’ils occupaient depuis deux ans.

Un vaste complexe qui permettra aux forces régulières syriennes et éventuellement aux avions russes, alliés de Bachar al-Assad, de se repositionner dans le nord du pays. Mais c’est en Irak que la défaite de Daech a été la plus spectaculaire. En moins de quarante-huit heures, les peshmergas kurdes, appuyés par des avions de la coalition, ont en effet repris la ville de Sinjar où, à l’été 2014, des centaines de yézidis avaient été massacrés (pour les hommes) ou emmenées comme esclaves sexuelles (pour les femmes). Désormais, la route entre Raqqa, en Syrie, et Mossoul, en Irak — les deux grandes villes du « califat » autoproclamé par le chef de l’EI —, est coupée. Sur le plan symbolique, les hommes en noir ont également perdu cette semaine une figure emblématique : Mohammed Emwazi, alias Jihadi John, un des pires bourreaux de l’EI, probablement tué par une frappe de drone au-dessus de Raqqa, en Syrie, dans la nuit de jeudi à vendredi. Si sa mort n’a pas été officiellement confirmée, les militaires américains sont « à peu près certains » d’avoir éliminé ce jeune Londonien de 27 ans qui apparaît sur plusieurs vidéos de décapitation d’otages occidentaux, couteau à la main, menaçant la Terre entière avant d’effectuer sa sinistre besogne. Changement de stratégie assumée ou fuite en avant ? C’est en tout cas au moment où Daech connaît quelques difficultés sur le terrain que l’organisation a choisi de frapper ses adversaires sur leur territoire.

Multipliant les attentats ces dernières semaines : en Turquie, au Liban, en Egypte (contre l’avion russe) et en France. Paris a, il est vrai, toujours occupé une place de choix dans les communiqués de menaces de l’EI. Pour les jihadistes, la France est le pays de la laïcité, celui qui a interdit le voile à l’école, la burqa dans l’espace public et défendu les caricatures de Mahomet dans « Charlie Hebdo ». Depuis 2014, elle participe aux opérations de la coalition contre Daech en Irak, et en Syrie depuis septembre.

« Pour les groupes islamistes, la France est mise sur le même plan que les Etats-Unis. Tout en haut de l’échelle de la détestation », assure un spécialiste des mouvements radicaux. Qui ajoute, fataliste : « Pour la population française, il va falloir faire preuve de courage et probablement s’habituer au pire… »

Le Parisien

 

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