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TIKEN JAH: « Sans la paix aucun dirigeant au pouvoir ne peut travailler »

TIKEN JAH: « Sans la paix aucun dirigeant au pouvoir ne peut travailler »

A l’initiative de la star du reggae, Tiken Jah Facoly, se tient à Siby, à 40 kilomètres de Bamako au Mali, la première édition du Festival historique manding les 22, 23 et 24 octobre 2015. Commissaire général dudit festival, il s’est prêté, par téléphone, aux questions de la rédaction en ligne de Fraternité Matin (www.fratmat.info).

A travers ce festival, il entend rapprocher les jeunes africains de leur histoire. L’artiste n’a pas manqué d’aborder son dernier cru intitulé « Racines ». Enfin, Tiken Jah a demandé à ses compatriotes, à quelques jours de la présidentielle d’y participer massivement. « C’est la meilleure manière d’honorer la mémoire des morts de la crise post-électorale de 2010-2011 », a-t-il soutenu.

Quels sont les objectifs du Festival historique du manding dont la première édition a lieu les 22, 23 et 24 octobre 2015 ?

L’objectif principal de ce festival, c’est de rapprocher les jeunes de notre histoire. Je pense qu’un homme sans histoire est comme un arbre sans racines. Pendant ce festival, il y aura des concerts, un premier le vendredi soir et un deuxième le samedi également dans la soirée. La journée sera consacrée à des conférences. Des historiens viendront instruire les jeunes sur l’histoire de l’Afrique en général et celle du Manding en particulier. Nous aurons également les griots, gardiens de la tradition mandingue qui viendront donner leur version de l’histoire. Nous voulons à travers ce festival faire revivre l’histoire et le prestige du Manding.

Pensez-vous que ce festival peut réellement apporter une plus-value  à la jeunesse africaine ?

Je pense que ce festival peut beaucoup apporter à la jeunesse africaine. Si nous ne connaissons pas notre propre histoire, nos enfants n’en sauront rien ainsi que les leurs. C’est important que nous sachions ce qui s’est passé dans notre histoire pour le raconter à nos progénitures. Pour beaucoup de personnes en Occident, notre histoire commence par l’esclavage ou la colonisation. Alors qu’avant cela, nous avions une civilisation qui a été perturbée par 400 ans d’esclavage et plusieurs années de colonisation.  Nous profitons de ce festival pour rendre aussi hommage à nos héros africains qui sont nos repères.

Vous serez sur les traces d’un grand nom de l’histoire mandingue, Soundiata Keïta… Qu’en est-il exactement ?

Le jeudi soir, nous aurons une projection sur Soundiata Keïta. Elle sera suivie de conférence le lendemain et de l’intervention des griots. Nous entendons pérenniser ce festival en lui donnant une fréquence annuelle. Ce ne sera pas seulement l’histoire du Manding. Nous allons dans les années à venir mettre l’accent par exemple sur le royaume du Dahomey, sur la vie de Chaka Zoulou… Ce festival, comme son nom l’indique, va parler de l’histoire de l’Afrique. J’en profite pour dire que pour cette édition, nous attendons 30.000 personnes.

Tiken Jah, pourquoi avoir choisi Siby à 40 kilomètres de Bamako pour ce festival?

On a choisi Siby parce que c’est chez les Camara. Il se trouve que ce sont eux les propriétaires terriens du Manding. A Siby, vous remarquerez que les Camara constituent 90% de la population. Également c’est là-bas que se trouve l’arche de Kamadjan. Où l’on peut voir un gros trou dans une colline. L’on nous a raconté que lorsque Soundiata s’apprêtait à aller libérer le peuple manding, l’ancêtre des Camara qui s’appelle Kamadjan Camara s’est proposé de l’accompagner. Soundiata lui a demandé de faire ses preuves. Il paraît que Kamadjan a donné un coup de poing qui a perforé cette colline.

Est-ce que ce festival ne pourrait pas aboutir à la construction d’un musée africain de la mémoire ?

Sachez que c’est également notre objectif. Je suis allé hier (Ndlr: mardi 20 octobre) à Kouroukanfouka, qui porte le nom de la carte du Manding qui date du 13ème siècle, à 80 kilomètres de Bamako. J’ai constaté là-bas qu’il y a eu la pose de la première pierre d’un musée par l’ex-Président Amadou Toumani Touré (Att) quelques mois avant le coup d’État qui l’a renversé. Après le festival, nous allons essayer de faire signer des pétitions et toucher les autorités maliennes pour la construction de ce musée.

Revenons à votre dernier album intitulé « Racines ». Dans lequel vous remettez au goût du jour des grands classiques du reggae. Est-ce un hommage à l’histoire du reggae ou vouliez-vous mettre en relief une passerelle entre la Jamaïque et l’Afrique ?

Sur cet album, je voulais simplement rendre un hommage à l’âge d’or du reggae. Et surtout prouver à travers lui que la source  du reggae, c’est l’Afrique. Bob Marley, lui-même l’a dit dans une interview qu’un jour le reggae retournera à la source. Et quand il y retournera, il prendra de la valeur. Le rôle que nous jouons dans la promotion de la liberté d’expression en Afrique est connu. Quand je dis nous, je parle de Lucky Dube, d’Alpha Blondy, d’Ismaël Isaac, de Fadal Dey, de tous ces artistes africains qui font du reggae aujourd’hui en donnant des messages forts. Sur cet album, nous avons donné la primauté aux instruments traditionnels. Ce qui marche très fort avec la Kora, le balafon, etc. Cette fois-ci, la section cuivre n’est pas présente. Vous verrez qu’à l’introduction de la plupart des morceaux, les instruments traditionnels sont mis en avant.

Nous sommes à quelques jours  de l’élection présidentielle prévue pour le 25 octobre 2015 en Côte d’Ivoire, quel message à l’endroit de vos compatriotes ?

Le message que je voudrais lancer à mes compatriotes, c’est leur dire de se déplacer massivement pour aller voter, le dimanche 25 octobre 2015. C’est la meilleure manière d’honorer la mémoire des morts de la crise post-électorale de 2010-2011. J’aimerais leur demander également de tout faire pour que cette élection soit apaisée. Et que chacun choisisse son candidat. Me concernant, j’accomplirai mon droit de vote à l’ambassade de Côte d’Ivoire au Mali. Sans la paix quel que soit celui qui viendra au pouvoir, il ne pourra pas travailler.

Interview réalisée par
CHEICKNA D. Salif

 

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