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Un bébé palestinien brûlé vif dans une attaque de colons israéliens

Un bébé palestinien brûlé vif dans une attaque de colons israéliens

Le bébé Ali Dawabcheh, un an et demi, a été brûlé vif. Quatre de ses proches, dont sa mère Riham, 26 ans, son père Saad et son frère Ahmed, quatre ans, ont été blessés et transférés vers un hôpital israélien.PHOTO ABED OMAR QUSINI, REUTERS


Un bébé palestinien a été brûlé vif et ses parents et son frère gravement blessés vendredi lorsque des colons israéliens ont incendié leur maison en Cisjordanie occupée, une attaque qualifiée de «terroriste» par Israël.

Ce qualificatif très rare et les condamnations des dirigeants israéliens, le premier ministre Benyamin Nétanyahou en tête, n’ont pas convaincu les Palestiniens qui ont tenu le gouvernement israélien «entièrement responsable» de la mort du bébé en raison de «l’impunité accordée pendant des décennies aux colons».

Le président palestinien Mahmoud Abbas a annoncé que l’État hébreu devra répondre de ce nouveau «crime de guerre» devant la Cour pénale internationale (CPI). «Nous préparons immédiatement le dossier qui sera soumis à la CPI».

Des milliers de Palestiniens ont manifesté en Cisjordanie occupée et à Gaza, certaines protestations dégénérant en heurts avec les forces israéliennes.

Dans le village de Douma, près de Naplouse dans le nord de la Cisjordanie, où le bébé Ali Dawabcheh, un an et demi, est mort, des milliers de personnes ont participé à ses funérailles, parmi lesquelles le premier ministre palestinien Rami Hamdallah.

Ce dernier a exhorté «la communauté internationale à agir» alors que «chaque jour, les droits des Palestiniens sont violés en Cisjordanie et que des martyrs tombent».

Le cortège est parti de la maison des Dawabcheh, une petite habitation dont seuls les murs en béton subsistaient après l’attaque, tandis que l’intérieur n’était qu’un vaste tas de débris carbonisés. Ici ou là, restaient des photos de la famille, dont celles du bébé, rongées par les flammes, ainsi que quelques affaires, dont un biberon, ont constaté des journalistes de l’AFP.

À l’extérieur, les graffitis en hébreu des colons barraient encore les murs – «Vive le messie», «Vengeance» et «Le prix à payer», proclamaient-ils -.

Escortant le petit corps porté à bout de bras et enveloppé dans un drapeau palestinien, les participants au cortège funéraire ont salué le «martyr», et scandé des slogans sous une nuée de drapeaux jaunes et verts, aux couleurs des deux principaux mouvements palestiniens, le Fatah du président Mahmoud Abbas et du Hamas au pouvoir à Gaza.

À Hébron, la grande ville du sud de la Cisjordanie où les tensions avec les colons sont les plus vives, des centaines de Palestiniens ont manifesté. Les protestations ont ensuite dégénéré, des manifestants jetant des pierres sur les soldats israéliens qui répliquaient avec des tirs de grenades lacrymogènes et assourdissantes, selon un correspondant de l’AFP sur place.

L’armée a annoncé avoir blessé un Palestinien avec des tirs à balle réelle.

Dans la Vieille ville de Jérusalem, des centaines de Palestiniens se sont rassemblés à l’issue de la prière hebdomadaire sur l’Esplanade des mosquées, en appelant à la «vengeance». De brèves échauffourées ont eu lieu, mais le calme est rapidement revenu.

La police a toutefois annoncé avoir renforcé son niveau d’alerte.

Dans le quartier d’Essaouiya à Jérusalem-Est, la partie orientale occupée par Israël, des dizaines de jeunes Palestiniens ont affronté les policiers israéliens à coups de pierres, selon la police.

À Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza, des centaines de manifestants ont répondu à l’appel du Jihad islamique, défilant sous les drapeaux noirs du mouvement. À la tribune, des leaders du groupe ont promis de «répliquer rapidement au terrorisme des colons».

Vendredi à l’aube, selon des responsables de sécurité palestiniens et israéliens, des colons ont jeté des cocktails Molotov par les fenêtres, ouvertes en raison de la chaleur estivale, de deux maisons de Douma près de Naplouse dans le nord de la Cisjordanie.

Avant de s’enfuir, ils ont dessiné une étoile de David sur les murs et écrit «le prix à payer» et «vengeance», deux jours après la démolition par les forces israéliennes de deux maisons en construction dans une colonie proche de Ramallah.

Le bébé a été brûlé vif. Sa mère Riham, 26 ans, son père Saad et son frère Ahmed, quatre ans, ont été blessés et transférés vers un hôpital israélien. Un quatrième blessé, une fillette selon certaines sources, a été aussi hospitalisé.

La mère, avec des brûlures au troisième degré sur 90 % du corps, le père, sur 80 % du corps et leur fils Ahmed, quatre ans, à 60 %, sont désormais tous trois «en danger de mort», selon des médecins israéliens.

Arrêter et juger «les meurtriers»

Fait exceptionnel, le président israélien Reuven Rivlin se rendra dans l’après-midi à leur chevet, a annoncé son bureau.

Depuis des années, des activistes de l’extrême droite israélienne ou des colons se livrent, sous l’étiquette du «prix à payer», à des agressions et des actes de vandalisme contre des Palestiniens et des Arabes israéliens, des lieux de culte musulmans et chrétiens, ou même des soldats israéliens. La plupart des agressions sont restées impunies.

«C’est un acte de terrorisme en tout point», a dénoncé M. Nétanyahou, son ministre de la Défense Moshé Yaalon condamnant des «terroristes juifs».

M. Nétanyahou a donné ordre aux «forces de sécurité d’utiliser tous les moyens pour arrêter les meurtriers et les traduire en justice», selon un communiqué officiel.

Mais Saëb Erakat, numéro deux de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a estimé qu’«on ne peut dissocier cette attaque barbare» d’un «gouvernement qui représente une coalition pour la colonisation et l’apartheid».

La direction palestinienne se réunira en début de soirée.

La police en alerte

Pour Yaariv Oppenheimer, dirigeant de la Paix Maintenant, une ONG israélienne opposée à la colonisation des territoires palestiniens, ce genre «d’agressions de la part des colons est devenue une véritable épidémie», notamment du fait de «l’indulgence dont fait preuve le gouvernement envers les violences antipalestiniennes et les discours de haine».

En mai, l’organisation israélienne Yesh Din estimait que 85,3 % des plaintes de Palestiniens après des attaques de colons étaient classées sans suite et seuls 7,4 % des plaintes conduisent à des actes d’accusation et seulement un tiers des poursuites à une condamnation.

En prévision de manifestations, la police israélienne était déployée en masse dans la Vieille ville de Jérusalem, notamment aux abords de l’Esplanade des mosquées dont l’accès était de nouveau interdit aux hommes de moins de 50 ans.

Le Hamas a promis «une punition à la hauteur de ce crime» qui «fait des soldats de l’occupant et des colons des cibles légitimes partout».

L’envoyé spécial de l’ONU au Proche-Orient, Nickolay Mladenov, s’est dit «outré» par cette attaque, et la Jordanie a condamné un «crime odieux qui aurait pu être évité si le gouvernement israélien n’avait pas (…) tourné le dos à la paix».

L’Union européenne a appelé «à la pleine responsabilité, l’application efficace de la loi et à la tolérance zéro pour les violences des colons».

Nétanyahou appelle à Abbas

Le premier ministre Nétanyahou a appelé vendredi le président palestinien Mahmoud Abbas avec lequel il n’entretient habituellement pas de contact, après la mort du bébé palestinien.

Aussitôt après cette attaque à l’aube, M. Nétanyahou avait dénoncé un «acte terroriste», un qualificatif très rarement utilisé par les autorités israéliennes lors d’attaques anti-palestiniennes. Une condamnation renouvelée au téléphone avec M. Abbas, ont indiqué son bureau et l’agence officielle palestinienne. Les Palestiniens, eux, ont dit tenir son gouvernement pour «entièrement responsable» de ce «crime de guerre».

Lors de cette conversation téléphonique, M. Nétanyahou a affirmé au président palestinien avoir visité la mère, Riham Dawabcheh, 26 ans, et le frère, Ahmed, quatre ans, du petit Ali, 18 mois, mort brûlé vif dans le nord de la Cisjordanie occupée, dans un hôpital de Tel-Aviv où le président israélien Reuven Rivlin doit également se rendre.

«Tout le monde en Israël est choqué par l’acte terroriste condamnable qui a visé la famille Dawabcheh», a affirmé M. Nétanyahou au président Abbas, selon son bureau.

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